L’allemand : une langue « rare » en France ?

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À l’heure de l’apogée de la coopération franco-allemande, l’enseignement de l’allemand en France est au plus mal. En effet, les élèves font preuve d’un cruel manque d’intérêt envers la langue de Goethe en faveur de l’anglais (bien sûr) et de l’espagnol. Analyse d’un phénomène linguistique peu encourageant.

Au fil des années, le nombre d’aspirants germanophones en France n’a cessé de diminuer. Actuellement, seulement 15% des élèves français étudient l’allemand, contre 36% dans les années 70, ce qui représente effectivement une chute vertigineuse. Pourquoi un tel manque d’engouement ? L’allemand souffre hélas de préjugés fatals : « l’allemand c’est moche », « l’allemand c’est dur », « l’allemand ça sert à rien » (trois affirmations que j’entends bien trop régulièrement parmi mes collègues étudiants). Les faits sont là : les classes sont dépeuplées (quand elles ne sont pas tout simplement supprimées) et les germanophones français en voie de disparition. C’est un fait : l’allemand est en passe de devenir une langue « rare » en France !

Ce manque d’intérêt flagrant pour l’allemand est cependant illogique. Prenons le premier préjugé « l’allemand c’est moche » : l’Allemagne conserve une image floue pour la plupart des jeunes français qui persistent à croire que tous les allemands parlent comme des nazis sur le pied de guerre. Qu’on se le dise, l’allemand est une langue de caractère, certes, mais pas plus « moche » qu’une autre. Passons au deuxième préjugé « l’allemand c’est dur » : il est établi que l’allemand est une langue très logique et très mathématique. Il est vrai que son apprentissage peut donner des nœuds au cerveau, mais toute langue présente ses propres difficultés. Enfin, passons à « l’allemand ça sert à rien », qui est sans doute l’allégation la plus éloignée de la vérité. En effet, l’Allemagne est la première langue en Europe : un Européen sur cinq parle allemand, contre 15% pour le français et 14% pour l’anglais. De plus, l’allemand s’apprête à prendre encore de l’importance avec l’entrée dans l’Union européenne des pays de l’Europe de l’Est, où l’allemand est la principale langue enseignée. Par ailleurs, l’allemand suit l’anglais de près en ce qui concerne les négociations commerciales de la France ; et pour cause, l’Allemagne est un de ses principaux partenaires. Et si 30% de l’exportation de la France se fait en allemand, seulement 15% des élèves en apprennent les rouages… Ce qui m’amène à mon dernier point : l’allemand est un plus indiscutable sur un CV ! Trop d’élèves se bousculent pour les postes relatifs à l’espagnol, tandis que personne ne se désigne pour les postes relatifs à l’allemand…

Cependant, tout n’est pas perdu. Les chiffres de la rentrée 2009 indiquent une légère hausse des élèves étudiant l’allemand en seconde langue, inversant la tendance. Peut-être est-ce dû à un éveil de l’intérêt des jeunes face à l’allemand suite au succès dans l’Hexagone de groupes musicaux allemands tels que Rammstein ou Tokio Hotel (si l’un des deux est réellement bon, l’autre a au moins le mérite d’éveiller la sensibilité des jeunes filles vis-à-vis de la langue allemande).

Face à la qualité de la coopération éducative franco-allemande, il est aujourd’hui aisé de s’initier à la langue du pays partenaire grâce aux nombreux échanges scolaires et culturels. De plus, le « dialogue » franco-allemand suppose des besoins de compréhension mutuelle accrus ; il est donc nécessaire de renforcer l’enseignement de l’allemand en France, et vice versa.

L’allemand est peut-être en voie d’extinction en France, mais les plus déterminés d’entre vous peuvent enrichir leur vocabulaire de la langue de Goethe grâce à ce dictionnaire français allemand.

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