A qui profite votre version pirate de Photoshop?

Je suis tombé sur un article remarquable traitant du piratage de logiciels, qui affirme que les entreprises productrices s’en servent comme d’un moyen pour protéger leur monopole. Je vous en fais un résumé.

Deuxième partie: l’industrie du disque se porte-t-elle si mal que ça? Pas si sûr…

    La situation de monopole (ou quasi-monopole) occupé par Adobe et Microsoft est un cercle vicieux:

* pourquoi les particuliers utilisent-ils tous les mêmes logiciels ? Parce que ce sont les logiciels utilisés par les entreprises, et qu’il faut maîtriser ces logiciels pour trouver du boulot ;
* pourquoi les entreprises utilisent-elles tous les mêmes logiciels ? Parce que ce sont ceux que leurs employés savent utiliser.
La suite logicielle Photoshop (Adobe) est apparue avant son équivalent libre The GIMP (logiciel open-source): les graphistes ont donc majoritairement appris à utiliser Photoshop (qui est par ailleurs un excellent programme). Les entreprises ont donc tout intérêt à réutiliser ces compétences déjà acquises et à uniformiser son utilisation par ses employés… Il est difficile, ensuite, de changer l’habitude bien ancrée de travailler avec le produit Adobe.

    Second cercle vicieux

L’apprentissage du logiciel doit se faire AVANT l’embauche, bien sûr (idéalement, il faudrait être déjà formé à la sortie des études). Le meilleur moyen est de pratiquer à la maison, sur le logiciel en question. Mais si on est en recherche d’emploi, comment se payer ses logiciels, dans la plupart des cas ? (rappel: Photoshop CS 4 coûte 1010€, ou 500€ prix étudiant HTVA)
Ne serait-il pas plus intelligent de privilégier les logiciels libres d’un bout à l’autre de la chaine? Oui, bien sûr. Mais les compagnies qui occupent actuellement le marché ont trouvé un moyen de répandre leurs programmes chez les “pauvres” particuliers : le piratage. Le piratage verrouille le marché et interdit le choix des entreprises.
Posez-vous la questionsuivante. Vous revenez chez vous avec votre nouvel achat : un magnifique ordinateur flambant neuf … sans logiciels. C’est très courant, et vous avez besoin d’un traitement de texte. Trois solutions: télécharger un logiciel libre peu répandu et mal connu (ex.: OpenOffice: téléchargeable gratuitement), acheter un logiciel connu et reconnu (ex.: Microsoft Office: 100€) ou installer Microsoft Office avec le CD du cousin Gustave qui passait par là. Il y a fort à parier que beaucoup de gens vont remercier le cousin Gustave… (-“Hé, t’as vu? J’ai économisé 100€!“) Et voilà comment les logiciels libres ont perdu un utilisateur de plus. La facilité pour les particuliers de copier ou débloquer un programme payant va en réalité profiter aux compagnies en renforçant le monopole de leur programme.

Le piratage est facilité par plusieurs facteurs:
– l’hébergement de données on line est devenu très facile, même pour des fichiers de grosse taille.
– la connexion haut débit est devenu la norme pour l’accès à internet.
– les logiciels sont souvent déblocables via un simple mot de passe.
– plus le logiciel est demandé, plus il y a de hackers occupés à le pirater!
– les protections logicielles sont aujourd’hui toutes contournables.

Il n’est pas rare de trouver la version crackée (piratée) d’un logiciel quelques jours à peine après sa sortie… Le piratage a donc malheureusement la propriété de rendre plus compliquée aux petits et nouveaux éditeurs la conquête de parts de marché.

Conclusion
Sans le piratage, les gens apprendraient à utiliser des logiciels moins chers ou carrément gratuits, et les entreprises se contenteraient d’utiliser ces mêmes logiciels. Sans le piratage, les cercles vicieux s’inverseraient au service de la qualité et du logiciel libre

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Quant au marché de la musique, malgré ce qu’en disent les majors, il se porte bien. Les recettes de la BMI (un organisme qui collecte les droits d’auteurs aux Etats-Unis) ont augmenté de 8% par rapport à 2007 ; même chose pour la MCPS-PRS Alliance au Royaume-Uni. La BMI a, en dix ans, quasiment doublé les sommes collectées pour ses 375.000 adhérents.

Source: http://www.numerama.com/magazine/10498-Crise-de-l-industrie-musicale-les-vrais-chiffres.html

Selon Numerama (dont vient l’image ci-dessus), “En réalité, seuls les revenus de la musique enregistrée (les disques) baissent d’année en année. Mais tous les autres revenus, en particulier ceux liés aux licences d’exploitation pour la radiodiffusion et la télévision, explosent. Avec la multiplication des médias numériques (télévision par câble, par satellite, sites Internet, webradios…), il n’y a jamais eu autant de diffuseurs et donc de payeurs qu’aujourd’hui. La crise du disque est largement compensée par la croissance des nouveaux médias.”
Les nouvelles technologies conduisent à déplacer les sources de revenus: Apple couple étroitement ses ventes de nusique et ses vente de lecteurs Ipod, les vendeurs d’ordinateurs créent des modèles “spécial multimédias” (p.ex. avec un disque dur grande capacité), les fournisseurs d’accès internet font miroiter le contenu audio et vidéo disponible sur la toile.

Une courte étude canadienne conclut que “les pertes que subissent les majors sont le fait d’une mauvaise adaptation aux changements mis en cause par les NTIC [nouvelles technologies de l’information et de la communication], par le manque de flexibilité ou par conservatisme”. Le piratage de logiciels et de fichiers musicaux est un phénomène difficile voire impossible à contrer; la solution pour leurs auteurs réside peut-être dans l’offre de services complémentaires non susceptibles de copie: un service clientèle, un site internet accessible aux abonnés, la vente de matériel audio/vidéo ?

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Sources:

/!\ Passionnant à lire /!\  “Le piratage au service des monopoles”

“Une étude à l’abordage du piratage”

“Le piratage Internet menace-t-il l’industrie de la musique ?”

“Crise de l’industrie musicale : les vrais chiffres”

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