Je t’aime… moi non plus !

L’un des points culminants de mon stage en Allemagne est sans conteste que je suis parvenue à y rencontrer une anglaise (le fait de devoir me rendre en Allemagne pour atteindre ce but n’est pas des plus conventionnels, je vous l’accorde). Ainsi, au cours de nos nombreux sommets franco-britanniques, j’ai remarqué une tendance quelque peu marquée : nous adorons nous moquer (gentiment) de nos pays respectifs. Nos conversations culturelles m’ont donc menée à la conclusion que la relation entre la France et l’Angleterre est fort étrange. Entre amour et haine, entre rivalité et coopération, la France et l’Angleterre ont des liens très étroits.

En effet, même si nous ne nous battons plus bec et ongles pour une parcelle de terre ou pour désigner le prochain candidat au trône, nous avons eu tellement de différends historiques que nous nous toisons toujours d’un œil méfiant. Il est hélas fréquent, en particulier parmi les personnes âgées, d’entendre des commentaires vicieux sur le pays se situant de l’autre côté de la Manche. Voyageons un peu dans le passé pour tenter de trouver quelques explications à ce phénomène. Comme je l’ai stipulé antérieurement, nous avons eu beaucoup de divergences politiques par le passé, et cela peut expliquer pourquoi nous ne nous entendons pas à la perfection puisque ces différends sont fortement ancrés. Il est vrai que notre histoire commune est chargée : et cette histoire se réfère à des guerres, conspirations et invasions. Sérieusement, je doute que les Français aient jamais combattu un ennemi avec autant d’enthousiasme (et j’ose espérer que les Anglais ont également apprécié nous avoir comme ennemi numéro un).

Pour comprendre le commencement du roman intitulé « les Français sont nuls », il faut remonter à la décision prise par ce brave Guillaume, qui s’en alla conquérir l’Angleterre en 1066, permettant aux Normands de se couronner Rois d’Angleterre. Je suis loin de me plaindre de cette page de notre histoire en tant que Française, puisque c’est Guillaume que je dois remercier pour l’abondance de mots français dans la langue anglaise. Mais il s’agit d’un tout autre sujet… J’en déduis que les aventures de Guillaume sont encore source de rancœur dans l’esprit des britanniques les plus rancuniers (après tout, c’était il y a près de 1000 ans…). Et puisque nous sommes en train d’aborder les sujets qui fâchent, moi-même je ne vois pas d’un très bon œil La Guerre de Cent Ans (durant laquelle nous nous serions battus pendant 100 ans, démonstration incontestable de notre amour fusionnel), et surtout la tristement célèbre bataille d’Azincourt (où les Français s’amusaient à sectionner les doigts des archers anglais pour les empêcher d’accomplir leur devoir ; cette adorable manie est d’ailleurs à l’origine d’un geste obscène perpétré par les anglais de nos jours), ainsi que l’atroce exécution par le feu de Jeanne d’Arc. Les soldats anglais nous rendaient vraiment la vie impossible à cette époque. L’insulte « fils d’Anglais » était même répandue en France. Par la suite, nous avons évidemment continué de nous détester et de nous battre de temps à autre pour garder la forme, mais le coup de grâce survint lorsqu’Henri VIII décida de convertir l’Angleterre au Protestantisme. « Fichtre » fut certainement la bonne parole de notre roi François Ier et de son peuple français à ce moment précis. En effet, l’Angleterre, non contente d’être considérée comme un pays démoniaque, décida de tout mettre en œuvre pour être également considérée comme une nation d’hérétiques. Nation démoniaque peuplée d’hérétiques… La France n’avait certainement pas une très bonne opinion de son pays concurrent.

Cependant, lorsque nos intérêts communs étaient en jeu, nous avons appris à faire semblant de nous apprécier (ce qui veut dire que même si chaque pays voulait plus que jamais détruire et ridiculiser l’autre, un sourire était de rigueur) dans le but de survivre au cœur de la jungle européenne de l’époque. En effet, la France et l’Angleterre se sont souvent alliées dans l’espoir d’anéantir l’Espagne. Au moins, quand il s’agit de comploter contre d’autres pays, nous savons nous entendre, ce qui est un début. Bien sûr, le Nouveau Monde devint un véritable champ de bataille entre les deux puissances. Combattre en terres européennes devenait ennuyeux, il fallait de la nouveauté.

Qu’en est-il de la suite ? Nous avons eu tellement de « différends »… Il y a naturellement eu l’ère napoléonienne, phase cruciale. Étrangement l’histoire se répète un tantinet : guerre, guerre et guerre, bref rien qui ne sorte vraiment de l’ordinaire. Il est évident que je ne m’attarderai pas sur Waterloo. J’ai cependant eu vent d’une anecdote amusante selon laquelle des Anglais voulaient changer le nom de la gare de Waterloo à Londres, pour ne pas offenser les touristes français. Je la qualifie d’amusante car je pense m’exprimer au nom d’un bon nombre de Français en prétendant que nous avons tourné la page, même s’il est de bon ton d’éviter de mentionner trop fréquemment cet évènement de notre histoire.

Fort heureusement, chacun de nous s’est finalement résigné à déposer les armes ; nous avons ainsi cessé le combat perpétuel, nous sommes fait un câlin puis avons décidé de faire de grandes choses main dans la main. Ainsi commence l’Entente Cordiale. Enfin la paix ! Bien sûr, chacune des deux parties réalisait enfin que l’autre n’était pas si stupide et démoniaque, et qu’il serait favorable aux deux de partager nombre de leurs aspects culturels. Car il était évident que la France et l’Angleterre étaient toutes deux fantastiques, d’où l’inutilité de constamment chercher à s’égorger. Ainsi, c’est à ce moment de notre histoire commune que les Francophiles en Angleterre et les Anglophiles en France commencèrent à diffuser des idées de respect mutuel et d’amour. L’Angleterre découvrit la cuisine et le vin français, et la France découvrit des sports anglais tels que le rugby. Par la suite, les deux pays devinrent amis ; nous fûmes alliés contre les Allemands durant les deux Guerres Mondiales, même si l’épisode de Mers el Kebir nous reste encore en travers de la gorge.

Cependant, nous n’avons juste pas réussi à nous apprécier complètement. D’un point de vue français, le problème serait que les britanniques ne font rien comme les autres (plus de détails grâce cet article en anglais). De nos jours, nous essayons de développer une coopération. D’après les paroles du Président Sarkozy, nous devons mettre de côté nos éternelles rivalités et construire ensemble un futur qui sera plus solide car nous serons ensemble. Il a également dit que « si nous voulons changer l’Europe mes chers amis britanniques – et nous Français désirons changer l’Europe – nous avons besoin de vous dans l’Europe pour nous aider à atteindre ce but, et non pas à l’extérieur. »

Donc… qu’en est-il maintenant que ces histoires de guerres, d’invasions, de conquêtes, de doigts coupés, de femmes brûlées et de bagarres pour des colonies sont terminées ? Même si nous nous méprisons toujours, au moins nous nous méprisons gentiment. Il s’agit vraiment d’une relation empreinte à la fois d’amour et de haine. Notre passé nous empêche peut-être de nous aimer passionnément, mais nos relations se sont incontestablement améliorées. L’anglais est la première langue étrangère enseignée dans les écoles françaises, et le français est la première langue étrangère enseignée en Grande-Bretagne. Par ailleurs, nous partageons un sens pointu de la mode (après tout, ils ont Londres, nous avons Paris…). La France est une destination touristique très populaire chez les Anglais : nombre d’entre eux y possèdent même une résidence secondaire ! Quant à nous Français, nous adorons, à notre manière, les britanniques et leur pays en retour. Sérieusement, tant qu’ils ne nous battent pas au rugby, tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes !

Je conclurai avec cette citation de Victor Hugo, qui résume parfaitement la situation : « L’Angleterre toujours sera sœur de la France. »

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