Les Français sont-ils nuls en langues ?

« En France personne ne sait parler anglais » ou « Vous les Français vous êtes nuls en langues » sont deux affirmations qu’il m’a été donné d’entendre bien trop souvent. C’est une image dont nous les Français ne parvenons pas à nous débarrasser : en France nous parlons français, et nous ne faisons pas le moindre effort pour nous ouvrir aux autres cultures et langues étrangères. Notre anglais est particulièrement critiqué, quand il n’est pas accusé d’être totalement inexistant. J’ai donc décidé de réfléchir à ce problème de manière approfondie autour de la question « Les Français sont-ils nuls en langues ? ». Qu’en est-il vraiment : chauvinisme, enseignement inadapté ou réelles difficultés à s’initier aux langues étrangères ?

Je ne vais pas le nier : j’ai beau être Française, je suis tout à fait consciente que le niveau en langues étrangères des étudiants de l’Hexagone est loin d’être remarquable. Bien sûr, je ne prétends pas détenir la vérité absolue, mais c’est un fait qui me paraît avéré. Ayant suivie des études dites « linguistiques », j’ai été choquée du niveau de certains de mes camarades, qui peinaient à construire des phrases simples en anglais et dont le vocabulaire était extrêmement limité (en tous cas insuffisant pour entretenir la moindre conversation dans cette langue…). Après avoir étudié l’anglais pendant une dizaine d’années, il me paraît improbable que la plupart d’entre nous soient complètement incompétents dans la langue de Shakespeare. Quelle serait donc l’explication ? Sommes-nous donc vraiment des cas désespérés ? Pour ma part, je ne crois pas à une réelle indisposition face à l’apprentissage des langues, mais bien à un grave manque de motivation. Si certains étudiants ont étudié l’anglais pendant plusieurs années à l’école, beaucoup avouent n’avoir jamais lu un ouvrage dans cette langue. Pire, nombre d’entre eux ne prennent pas la peine de visionner les films ou séries anglophones dans leur version originale, leur préférant l’horrible version doublée en français. Une chose est certaine : se contenter des cours de langues scolaires ne mène nulle part. Ressasser des listes de vocabulaires et mémoriser les verbes irréguliers dans l’optique du prochain contrôle de connaissances n’est sûrement pas la meilleure voie à emprunter vers la maîtrise d’une langue : pour se familiariser avec celle-ci, il faut s’y plonger sérieusement, être curieux et le cerveau toujours en alerte.

Notre niveau en anglais est donc faible, c’est un fait : la proportion de Français parlant aisément cette langue est relativement faible. Si nous nous faisons descendre aussi fréquemment, c’est bien entendu parce que nos voisins européens s’en sortent apparemment beaucoup mieux. Les Allemands, les Suédois, les Danois… Tout ce petit monde n’aurait aucune difficulté à apprendre l’anglais, et de nombreux habitants de ces pays seraient capables de s’exprimer facilement dans cette langue. Intéressant… puisque ces pays parlent des langues du même groupe linguistique que l’anglais, en facilitant l’apprentissage. Seuls les Finlandais sont lésés dans cette affaire à cause de leur langue qui n’appartient à aucun groupe, mais parviennent tout de même facilement à maîtriser l’anglais. Chapeau ! Il y a tout de même une explication à cela : les habitants des pays d’Europe du Nord tels que la Suède ou la Finlande sont largement plus exposés aux sonorités anglophones : par exemple, les films diffusés dans ces pays ne sont pas doublés. De plus, l’anglais y est enseigné beaucoup plus tôt et de manière plus intensive. Nous n’allons pas bien loin avec seulement deux heures de cours d’anglais par semaine, où les professeurs parlent presque exclusivement français et où l’oral est loin d’être privilégié… On critique donc les Français car ils ne suivent pas le rythme des autres pays européens. Cependant, j’ai bien l’impression que nous ne sommes pas les seuls à être à la traîne : nos voisins aux langues latines auraient également de grosses difficultés quand il s’agit d’apprendre l’anglais. La rumeur court que les Italiens et les Espagnols sont loin de faire des étincelles… Les pays aux langues latines seraient donc moins enclins à apprendre l’anglais… Etrange… Il est vrai que la prononciation anglaise nous est particulièrement difficile (d’où notre accent… tellement français). Et bien sûr, les Anglais, bien heureux de parler la langue dite « internationale », ne brillent pas par leurs prouesses en langues étrangères.

Nous sommes donc loin d’exceller en anglais. Mais qu’en est-il des autres langues ? Le problème reste le même. Trop peu de cours, trop peu d’oral et pas assez de motivation de la part des élèves. Cependant, il reste tout de même plus aisé pour nous d’apprendre des langues comme l’espagnol ou l’italien de par leur ressemblance à notre propre langue. Je ne parle pas de l’allemand, qui est en nette perte de vitesse et qui ne motive personne en France…

Il est donc nécessaire de renforcer au plus vite l’apprentissage des langues étrangères dans notre pays. Il y a bien longtemps que le français n’est plus la lingua franca, et même si elle reste une officielle de grandes institutions, nous n’irons pas bien loin si nous persistons à nous contenter d’un anglais approximatif, voire inexistant. Parler anglais couramment est en effet bien trop rare en France… La faute de l’enseignement tardif et approximatif, ou d’un réel manque de motivation et d’intérêt ? Je penche définitivement pour la deuxième solution. S’il est vrai que l’enseignement des langues en France n’est pas de qualité, il est toujours possible d’en apprendre beaucoup avec un minimum de travail personnel et d’ouverture sur l’extérieur.

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1 thought on “Les Français sont-ils nuls en langues ?”

  1. Rassurez-vous, le pourrissage de notre belle langue est en marche, de magnifiques néoanglicismes envahissent lentement mais sûrement notre paysage : de “expertise” employé à toutes les sauces, en passant par “efficient” et j’en passe. Cela me révolte, c’est un aveu sous-jacent de fainéantise : je rends les armes car je suis trop bête pour trouver une correspondance dans ma propre langue. Je recours à l’emprunt, technique de traducteur qui a sa place, de façon systématique et donc à mauvais escient.

    Est-ce un crime de ne pas connaître une langue étrangère? Pour moi, la réponse est non. Les Anglo-saxons sont révoltés de ne pas trouver d’interlocuteurs parlant leur langue chez nous, où est le problème fondamental? Essayez donc de trouver un interlocuteur francophone au royaume-uni, bon courage.. Ce sont plus les facteurs culturels (ex. USA=porte de sortie pour les ingénieurs russes ou indiens) qu’une fumeuse explication liée à la prédisposition naturelle. L’apprentissage d’une langue est contraignant, s’il n’y a aucune motivation valable ni contrainte, je pense à l’absence de doublage dans cartains pays, suède ou Norvège notamment, pas étonnant que le niveau sois bas. Le pourcentage de gens apprennant par plaisir et ouverture est minime, certes quelques Américains maîtrisent notre langue, c’est loin d’être la règle.

    Sur le marché de l’emploi, c’est une compétence appréciée mais très rarement valorisée, à quoi bon se donner du mal pour ne pas être reconnu?? Cette compétence représente une ligne sur le cv, au regard de l’investissement personnel requis, c’est dérisoire. Mieux vaut savoir crocheter une serrure et la remplacer que parler couramment cette langue, c’est la dure loi de l’offre et de la demande.

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