Un roman bien étrange

« Anton Voyl n’arrivait pas à dormir. Il alluma. Son Jaz marquait minuit vingt. Il poussa un profond soupir, s’assit dans son lit, s’appuyant sur son polochon. Il prit un roman, il l’ouvrit, il lut; mais il n’y saisissait qu’un imbroglio confus, il butait à tout instant sur un mot dont il ignorait la signification.
Il abandonna son roman sur son lit. Il alla à son lavabo; il mouilla un gant qu’il passa sur son front, sur son cou. »

Pour ceux d’entre vous qui ne connaissent pas encore ce texte, que remarquez-vous ? Un indice, il est extrait d’un roman dont le titre est « la disparition ». Et en effet, dans ce roman, il s’agit de la disparition du personnage principal, Anton Voyl, mais aussi d’une autre disparition, plus subtile : celle de la lettre « e ». Et si l’on sait que la lettre « e » est la lettre la plus fréquemment utilisée dans la langue française, on se rend compte que ce roman est une véritable prouesse littéraire. Personnellement, j’apprécie beaucoup ce genre de textes où la langue est un jeu aussi bien qu’un moyen d’exprimer une pensée.

Ce roman, écrit par Georges Perec, remonte déjà à quelques décennies : il a été publié pour la première fois en 1969. Mais à la sortie de l’ouvrage, il revenait au lecteur de deviner pourquoi le roman s’appelait « la disparition » car les références à l’omission de la lettre « e » n’étaient qu’implicites. Lorsque l’on sait de quoi il s’agit, cela peut paraître assez facile (l’auteur décrit la chose disparue par « un rond pas tout à fait clos, fini par un trait horizontal »), mais le roman étant un précurseur du genre, on peut imaginer que ce n’était pas si évident à comprendre !

Et pour information, un tel roman ou texte dans lequel il manque une lettre se nomme un lipogramme (sait-on jamais, ce mot vous servira peut-être un jour 🙂 ).

Et si vous trouvez le concept amusant, essayez donc ! Vous pouvez tenter de répondre dans les commentaires de cet article sans utiliser la lettre « e ».

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